On imagine volontiers les grands auteurs de la vie spirituelle dans le silence d’un cabinet de travail européen. Andrew Murray, lui, a commencé son ministère à cheval, dans les plaines immenses au nord du fleuve Orange, auprès de fermiers dispersés sur des centaines de kilomètres. C’est pourtant ce pasteur de la Colonie du Cap qui a écrit quelques-uns des livres les plus lus sur la prière et la communion avec Christ. Son secret n’était pas une érudition hors du commun, mais une question qu’il n’a jamais cessé de se poser : qu’est-ce que cela change, concrètement, de vivre « en Christ » ?
Andrew Murray, fils de pasteur entre deux continents
Andrew Murray naît le 9 mai 1828 à Graaff-Reinet, dans la Colonie du Cap. Son père, Andrew Murray lui aussi, est un pasteur écossais venu en Afrique du Sud en 1822 pour servir l’Église réformée hollandaise, qui manquait alors de ministres. Le foyer est nombreux, pieux, et l’on y prie chaque semaine pour un réveil spirituel.
À dix ans, Andrew est envoyé en Écosse avec son frère aîné John pour y faire ses études, à Aberdeen. Les deux garçons y découvrent une Écosse travaillée par le réveil : la prédication de William Burns, de passage à Aberdeen en 1840, marque profondément le jeune Andrew. Les frères partent ensuite étudier la théologie à l’université d’Utrecht, aux Pays-Bas. C’est là, pendant ses études, qu’Andrew écrit à ses parents qu’il a remis sa vie à Dieu. Il est consacré pasteur à La Haye en 1848 et rentre au Cap la même année, à vingt ans.
De Bloemfontein à Worcester : un ministère de terrain
Le jeune pasteur est envoyé dans la Souveraineté de la rivière Orange. Il devient le premier pasteur résident au nord du fleuve, à Bloemfontein, avec une paroisse qui ressemble davantage à un territoire qu’à une communauté de quartier. Il passe des semaines entières sur les routes pour visiter les familles, célébrer des baptêmes et des mariages, prêcher là où l’on peut se rassembler. Il contribue aussi à la fondation du Grey College, à Bloemfontein. En 1856, il épouse Emma Rutherford, qui partagera sa vie et son ministère.
En 1860, il est appelé à Worcester, à l’est du Cap. Il arrive au moment où se tient une conférence consacrée au réveil et à la mission. Le réveil qui suit ne prend pas la forme qu’il attendait. Dans des réunions de prière de jeunes, l’émotion déborde, les prières se multiplient, et le pasteur, attaché à l’ordre, commence par s’en inquiéter. Il finit par y reconnaître une œuvre de Dieu. Ce réveil de 1860, qui touche plusieurs paroisses du Cap, laissera une empreinte durable sur l’Église sud-africaine, notamment par les vocations missionnaires qu’il fait naître.
Wellington, l’école et l’écritoire
Après quelques années au Cap, Andrew Murray devient en 1871 pasteur de Wellington, une petite ville au pied des montagnes. Il y reste jusqu’à sa retraite, en 1906. C’est le temps de la maturité, et c’est à Wellington que l’on situe la plus grande part de son œuvre écrite.
Murray est aussi un bâtisseur d’écoles. Inspiré par le séminaire de Mount Holyoke, dans le Massachusetts, il fonde à Wellington le Huguenot Seminary, destiné à former des jeunes filles comme enseignantes, puis d’autres établissements pour préparer des enseignants et des missionnaires. Pour lui, la piété personnelle et le service ne se séparent pas : un livre comme Travailler pour Dieu en porte la marque.
Les années silencieuses
À la fin des années 1870, une maladie lui fait perdre la voix. Pour un prédicateur, l’épreuve est rude : ce sont ce qu’on a appelé ses « deux années silencieuses ». Pendant cette période, il cherche à comprendre ce que la Bible enseigne sur la guérison et rencontre notamment Otto Stockmayer, qui avait réfléchi à cette question. Retrouvant ensuite l’usage de sa voix, il tire de cette expérience des convictions fortes, exposées dans Jésus guérit les malades. Ces positions ont fait débat, et on peut les lire avec discernement ; elles disent en tout cas la confiance très concrète que Murray mettait dans les promesses de l’Écriture.
Ce que Murray avait à dire : la racine avant les fruits
On peut lire Murray pendant des années sans s’en lasser, parce qu’il revient toujours au même point par des chemins différents. La vie chrétienne n’est pas d’abord un effort pour imiter Jésus de l’extérieur ; c’est une vie reçue de lui, jour après jour, comme le sarment reçoit la sève du cep. Ses livres sur la prière, l’obéissance, l’Esprit saint ou la consécration sont autant de variations sur cette idée.
Son petit livre sur l’humilité en donne un bon exemple. Murray y refuse de faire de l’humilité une simple tristesse sur nos fautes. Elle est pour lui l’attitude juste de la créature devant son Créateur, celle que Jésus lui-même a vécue :
L’humilité n’est pas une grâce parmi d’autres grâces ; c’est la racine de toutes les grâces, parce qu’elle seule prend devant Dieu une attitude vraie, qui permet à notre Père céleste d’être tout en nous et d’agir par nous.
Plus loin, il pose un diagnostic qui n’a rien perdu de son actualité : tout jugement tranchant, toute parole dure, toute irritation « dont on s’excuse si souvent sous prétexte qu’on est franc et honnête » viendrait de la même racine, l’orgueil. On ressort de ces pages un peu bousculé, mais rarement découragé, car Murray conduit toujours le lecteur vers Christ plutôt que vers lui-même.
Autre trait de sa manière : beaucoup de ses livres sont découpés en courts chapitres, souvent trente et un, pour être lus un par jour pendant un mois. Ce ne sont pas des traités à dévorer d’une traite, mais des compagnons de lecture quotidienne, avec un verset en tête et souvent une prière à la fin.
Un héritage qui a dépassé l’Afrique du Sud
Andrew Murray meurt à Wellington en 1917, à quatre-vingt-huit ans. Il laisse plus de deux cents livres et brochures, écrits en néerlandais et en anglais, qui ont circulé bien au-delà de son pays. On le lit dans des milieux très divers : les réformés le reconnaissent comme l’un des leurs, les mouvements de sainteté ont fait de lui un maître, et certains historiens voient dans son enseignement sur la guérison et les dons de l’Esprit un précurseur du mouvement pentecôtiste. Peu d’auteurs du XIXe siècle ont rassemblé des lecteurs aussi différents autour des mêmes pages.
Que lire d’Andrew Murray ?
Spibook propose une vingtaine de ses titres. Voici par où commencer, selon ce que vous cherchez.
- Demeurez en Christ : des méditations sur la parole de Jésus « Demeurez en moi », le livre qui résume le mieux toute sa pensée.
- Avec Christ à l’école de la prière : une série de leçons tirées de l’enseignement de Jésus sur la prière, pour qui voudrait prier autrement que par habitude.
- L’humilité, la beauté de la sainteté : douze chapitres brefs et exigeants, à lire lentement, sur la vertu que Murray plaçait à la racine de toutes les autres.
- Le Ministère de l’intercession : un appel à prier pour les autres, et en particulier pour l’Église et la mission, écrit par un pasteur qui l’a pratiqué toute sa vie.
- Attends-toi à Dieu : des méditations quotidiennes sur l’attente confiante de Dieu, idéales pour un temps de lecture chaque matin.
- Le voile déchiré : son commentaire de l’épître aux Hébreux, pour le lecteur qui veut suivre Murray dans un texte biblique suivi.
- Jésus guérit les malades : le livre né de ses années silencieuses, à lire pour comprendre un aspect moins connu de son enseignement.
Si vous ne deviez en ouvrir qu’un, prenez Demeurez en Christ et lisez-en un chapitre par jour : au bout d’un mois, vous saurez si Murray est fait pour vous. Il y a de bonnes chances qu’il devienne un compagnon pour longtemps.
