Les puritains : qui étaient-ils, que croyaient-ils, et pourquoi les lire encore ?

Le mot évoque souvent la raideur, le refus du plaisir, une morale étroite. C’est presque l’inverse de ce que l’on découvre en ouvrant leurs livres. Les puritains anglais des XVIe et XVIIe siècles étaient d’abord des prédicateurs et des pasteurs, obsédés par une question simple : comment la grâce de Dieu, reçue par la foi, transforme-t-elle réellement une vie ? Leurs réponses, nourries de l’Écriture et d’une connaissance fine du cœur humain, continuent d’instruire des lecteurs qui n’ont jamais mis les pieds en Angleterre.

Un sobriquet devenu un nom

« Puritain » n’est pas un nom que ces hommes se sont choisi. Le terme apparaît dans les années 1560 sous la plume de leurs adversaires, pour railler ceux qui voulaient une Église « plus pure ». Eux parlaient plutôt des « gens pieux » ou des « frères ». Il n’y a jamais eu d’Église puritaine, ni de chef, ni de confession propre à tous : le puritanisme est un courant, une sensibilité à l’intérieur du protestantisme anglais, avec des presbytériens, des congrégationalistes, des baptistes, et beaucoup d’anglicans restés dans l’Église établie.

Ce qui les unit est une conviction : la Réforme, en Angleterre, était restée à mi-chemin. Sous Élisabeth Ire, le compromis religieux de 1559 avait conservé une bonne part des cérémonies, des vêtements liturgiques et de la hiérarchie hérités de l’Église médiévale. Les puritains demandaient que le culte et la vie de l’Église soient réglés par la Bible seule, et surtout que chaque paroisse ait un pasteur capable de prêcher.

Un siècle d’espoirs et de persécutions

L’histoire du mouvement suit les secousses politiques de l’Angleterre. Tolérés ou surveillés sous Élisabeth et Jacques Ier, les puritains sont durement pressés sous Charles Ier et l’archevêque William Laud. Certains partent pour la Hollande, puis pour l’Amérique : les colons de la Nouvelle-Angleterre emportent avec eux cette piété exigeante.

La guerre civile des années 1640 renverse la situation. En 1643, le Parlement convoque l’Assemblée de Westminster, qui rédige la Confession de foi et les catéchismes de Westminster. Ces textes deviendront la référence de générations de presbytériens dans le monde entier. Mais le retour de la monarchie en 1660 met fin à cette période. En 1662, l’Acte d’uniformité impose à tous les ministres le Livre de prière commune : environ deux mille d’entre eux refusent de s’y soumettre et sont chassés de leurs paroisses. On appelle cet épisode la Grande Éjection.

C’est souvent dans ces années sombres que les plus beaux livres ont été écrits. John Bunyan, prédicateur baptiste sans diplôme, passe douze ans en prison à Bedford pour avoir prêché sans autorisation ; c’est en prison, selon la tradition, qu’il commence Le voyage du pèlerin, publié en 1678. L’Acte de tolérance de 1689 accorde enfin la liberté de culte aux protestants non conformistes, et l’on considère en général que l’âge puritain s’achève avec cette génération.

Ce que croyaient les puritains

Sur le fond doctrinal, les puritains sont des réformés, héritiers de Calvin : souveraineté de Dieu dans le salut, autorité de l’Écriture, justification par la foi seule. Mais leur originalité tient moins à des doctrines nouvelles qu’à la manière de les vivre.

Une Bible prêchée, et appliquée

Le sermon puritain suit un schéma reconnaissable : le texte expliqué, la doctrine qui en découle, puis les « usages », c’est-à-dire les applications à la conscience de l’auditeur. Rien n’est laissé dans l’abstraction. Un point de doctrine qui ne touche pas le cœur et la conduite est, pour eux, un point mal compris.

Des médecins de l’âme

Les puritains ont décrit avec une précision étonnante les mouvements intérieurs du croyant : l’assurance et le doute, la tentation, la tristesse, l’orgueil spirituel. Richard Sibbes, dans Le roseau meurtri (1630), écrit pour les chrétiens abattus, à partir de la promesse d’Ésaïe : le Christ ne brise pas le roseau froissé. Thomas Brooks, dans Précieux remèdes contre les stratagèmes de Satan (1652), démonte une à une les ruses par lesquelles le chrétien se laisse détourner.

La sainteté comme combat

John Owen, l’un des plus grands théologiens anglais, consacre La Mortification du péché (1656) à une question que chacun connaît : comment lutter contre un péché qui revient sans cesse ? Sa réponse refuse à la fois la résignation et l’effort purement moral ; c’est par l’Esprit, et en regardant au Christ, que le péché perd sa force.

La vie ordinaire sous le regard de Dieu

Le travail, la famille, la souffrance, l’argent : rien n’échappe à leur réflexion. Jeremiah Burroughs, mort en 1646, a laissé sur le contentement un traité paru deux ans plus tard, Le joyau rare du contentement chrétien. Une phrase en résume l’esprit :

Le chrétien parvient au contentement non pas tant par voie d’addition que par voie de soustraction.

Autrement dit : on ne trouve pas la paix en ajoutant à ce que l’on possède, mais en ajustant ses désirs à la volonté de Dieu.

Quelques grandes figures

La liste serait longue ; voici celles que l’on rencontre le plus souvent.

  • Richard Baxter (1615-1691), pasteur à Kidderminster, a transformé sa ville par une visite patiente de chaque famille. Le pasteur chrétien (1656) reste un livre que beaucoup de responsables d’Église relisent régulièrement.
  • Thomas Watson (vers 1620-1686), pasteur à Londres, chassé de sa paroisse en 1662. Son Corps de théologie, publié après sa mort, commente le Petit Catéchisme de Westminster dans une langue claire et imagée.
  • Stephen Charnock (1628-1680) a consacré ses dernières années à prêcher sur la nature de Dieu ; ces sermons, réunis après sa mort, forment L’existence et les attributs de Dieu, une somme sur la sagesse, la puissance, la sainteté et la bonté divines.
  • John Flavel (vers 1627-1691), pasteur à Dartmouth, montre dans Le mystère de la providence comment relire sa propre histoire à la lumière des soins de Dieu.
  • Matthew Poole (1624-1679), érudit, a entrepris un commentaire de toute la Bible, achevé après sa mort par d’autres pasteurs : les Annotations sur la Sainte Bible, précieuses pour l’étude verset par verset.

Un héritage qui a traversé l’Atlantique

L’influence des puritains ne s’est pas arrêtée en 1689. En Nouvelle-Angleterre, Jonathan Edwards (1703-1758) en recueille l’héritage au moment du Grand Réveil ; ses Affections religieuses prolongent leur réflexion sur ce qui distingue une foi authentique d’une émotion passagère. Au XIXe siècle, Charles Spurgeon lisait et recommandait sans cesse les auteurs puritains. Et depuis le milieu du XXe siècle, la réédition de leurs œuvres en anglais a suscité un regain d’intérêt dans les Églises évangéliques et réformées.

Pourquoi ce retour ? Sans doute parce que les puritains tiennent ensemble ce que l’on sépare souvent : une doctrine solide et une piété brûlante, la rigueur de l’exégèse et la tendresse pastorale. Ils ne sont pas parfaits ; leurs sermons sont longs, leurs divisions et subdivisions peuvent dérouter, et le lecteur moderne doit parfois s’habituer à une rhétorique d’un autre temps. Mais l’effort est vite récompensé.

Par où commencer ?

Mieux vaut éviter de commencer par les grandes sommes. Quelques portes d’entrée, selon ce que l’on cherche :

  • pour une lecture accessible et réconfortante : Le roseau meurtri de Sibbes, ou Toutes choses concourent au bien de Watson, sur Romains 8.28 ;
  • pour un récit qui parle aussi aux plus jeunes : Le voyage du pèlerin de Bunyan ;
  • pour un combat précis contre le péché : le court traité d’Owen sur la mortification ;
  • pour une vue d’ensemble de la foi chrétienne : le Corps de théologie de Watson, que la version pdf rend commode pour une étude suivie à l’ordinateur.

Un conseil de lecture : prendre son temps. Un chapitre de puritain se lit lentement, crayon en main, et gagne à être médité plutôt que parcouru. C’est ainsi qu’ils ont été écrits, pour des auditeurs qui venaient chercher non une information de plus, mais une rencontre avec Dieu.

Couverture du livre Le voyage du pèlerin de John Bunyan

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