Le joyau rare du contentement chrétien : l’art d’être content selon Jeremiah Burroughs

« J’ai appris à être content dans l’état où je me trouve. » Tout le livre de Jeremiah Burroughs sort de ce seul verset de Philippiens 4.11, et d’un mot qu’il pèse longuement : appris. Le contentement ne tombe pas du ciel comme un trait de caractère ; il s’apprend, et Paul lui-même ne le possédait pas au départ. Le joyau rare du contentement chrétien est le manuel de cet apprentissage. On le croit parfois réservé aux heures de deuil ou de faillite ; c’est en réalité un livre pour les jours ordinaires, ceux où l’on se surprend à penser qu’on serait enfin tranquille si l’on avait « seulement » un peu plus.

Un prédicateur puritain dans des temps troublés

Jeremiah Burroughs est un pasteur puritain anglais du XVIIe siècle, qui joua un rôle de premier plan à l’Assemblée de Westminster et mourut avant la fin de ses travaux. Le livre a paru en 1648, après sa mort. On y entend encore la voix du prédicateur : il part d’un texte, annonce ses points, interpelle son auditoire, répond d’avance à ses objections. Dès l’introduction, il dit pourquoi il a choisi ce verset : pour « apaiser et consoler le cœur du peuple de Dieu au milieu des troubles et des bouleversements qu’il rencontre en ces temps qui ébranlent les cœurs ». Le contentement dont il parle n’est donc pas une sagesse de salon. Il a été prêché à des gens inquiets, à des familles ruinées, à des croyants qui voyaient tout « sombrer ».

La définition, puis le mystère

Burroughs commence par une définition qu’il va ensuite déplier mot à mot :

Le contentement chrétien est cette disposition d’esprit douce, intérieure, paisible et pénétrée de grâce, qui se soumet librement à ce que Dieu dispose dans sa sagesse et sa bonté de Père, et qui y prend plaisir, en toute condition.

Chaque terme compte. « Intérieure », d’abord : se taire ne suffit pas. Bien des gens retiennent toute parole de plainte et bouillonnent au-dedans. Burroughs a pour cela une image de cordonnier : « Un soulier peut être lisse et net au-dehors, et blesser le pied au-dedans. » Il précise aussi ce que le contentement n’interdit pas, et ces pages font du bien : il n’est pas insensibilité, il permet de sentir la douleur, de porter sa plainte devant Dieu et devant ses amis, et de chercher par des moyens légitimes à sortir de l’épreuve. Ce qu’il exclut, c’est le murmure, le dépit, l’agitation qui accuse Dieu.

Vient ensuite la partie la plus originale, « Le mystère du contentement », en quinze points. Burroughs y aligne des paradoxes qu’il faut lire lentement. Le chrétien content est à la fois l’homme le plus content et le plus insatisfait du monde : un peu de pain lui suffit pour son passage ici-bas, mais le monde entier ne lui suffirait pas pour son partage, car il lui faut Dieu lui-même. Et surtout, on parvient au contentement non en ajoutant à ce qu’on a, mais en retranchant de ses désirs :

C’est donc par voie de soustraction, et non d’addition, qu’il parvient à ce contentement.

Il pousse plus loin : le chemin du soulagement passe parfois par un fardeau supplémentaire, celui de son propre péché reconnu devant Dieu. « Ajoutez donc au brisement de vos biens le brisement de votre cœur. » La formule dérange, et c’est voulu. Burroughs ne promet pas que l’affliction sera ôtée ; il montre comment elle peut être changée, retournée en bien, pour qui la reçoit de la main de Dieu.

Le plan du livre

Après la définition et le mystère, l’ouvrage se déroule en plusieurs grands ensembles :

  • Comment Christ enseigne le contentement : neuf leçons apprises à son école, du renoncement à soi-même à la vanité de la créature et à la connaissance de son propre cœur, suivies de trois remarques sur la manière dont Dieu conduit les siens par l’affliction.
  • L’excellence du contentement : dix raisons, parmi lesquelles le culte rendu à Dieu, la délivrance d’une foule de tentations, les consolations qu’il apporte.
  • Les maux d’un esprit de murmure, puis ce qui aggrave le péché de murmure : le revers de la médaille, détaillé sans complaisance.
  • Les excuses d’un cœur qui murmure : treize raisonnements que chacun reconnaîtra pour les avoir tenus (« mon affliction est bien plus grande que celle des autres », « elle me rend inutile au service de Dieu »), chacun examiné et désarmé.
  • Comment parvenir au contentement : des considérations, puis des directions très concrètes. Ne pas embrasser plus d’affaires du monde que Dieu n’en demande, être assuré de sa vocation, marcher selon la Parole, exercer la foi « quand la raison est à bout », nourrir des pensées tournées vers les choses d’en haut.

Pourquoi le lire aujourd’hui

La force du livre tient à son réalisme. Burroughs connaît le cœur humain et ses ruses ; ses chapitres sur les excuses du murmure sont d’une précision presque gênante. Il ne fait pas la morale de haut : il parle au mari et à la femme qui se disputent après un revers d’argent, à l’homme qui a perdu ses biens, au croyant qui se compare aux autres. Et il ramène toujours au même centre : non pas la paix de Dieu seulement, mais le Dieu de paix, non le bienfait seulement, mais le Dieu du bienfait.

Le livre parlera à ceux qui traversent une perte, une maladie, un chômage, une attente qui dure. Mais il rendra autant service à ceux dont la vie est simplement pleine d’envies, de comparaisons et de projets inquiets. Les pasteurs et les responsables d’accompagnement y trouveront un matériau d’une grande richesse pour la cure d’âme, et un groupe de lecture peut très bien le parcourir chapitre par chapitre.

Ce qui peut freiner la lecture

Il faut être honnête : ce n’est pas un livre à lire d’une traite. Avec près de 89 000 mots, il demande du temps. Le style est celui de la prédication puritaine : énumérations numérotées à l’intérieur d’autres énumérations, répétitions volontaires, exclamations (« Oh ! »), allusions à la vie anglaise du XVIIe siècle, aux rentes en livres et aux gentilshommes de la Cour. Certains développements sur le murmure, très insistants, peuvent sembler sévères à un lecteur d’aujourd’hui. Le mieux est de prendre un point par jour, de le lire lentement, et de laisser la répétition faire son œuvre : c’est précisément ainsi qu’on apprend, au sens où Paul l’entendait.

Dans quel format le lire

Le Joyau rare du contentement chrétien en epub se glisse dans une liseuse ou un téléphone, pour une lecture brève et quotidienne, là où l’on en a besoin. La version pdf du Joyau rare du contentement chrétien conviendra mieux à qui veut imprimer quelques chapitres, annoter le plan ou préparer une étude de groupe.

Ceux qui apprécieront la manière de Burroughs pourront continuer avec L’excellence d’un esprit humble, dont le titre seul dit la parenté avec ce livre, ou avec Le mal des maux, du même auteur. Mais on peut aussi commencer très simplement : relire Philippiens 4.11, puis ouvrir Burroughs à la première page et se demander, avec lui, ce qu’il reste à apprendre.

Couverture du livre Le joyau rare du contentement chrétien de Jeremiah Burroughs

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