« Recherchez la paix avec tous, et la sanctification, sans laquelle personne ne verra le Seigneur » : le puritain Thomas Brooks a bâti tout un livre sur ce verset de l’épître aux Hébreux, et il n’est pas le seul à l’avoir pris au sérieux. Pour les auteurs de cette sélection, la sanctification n’est ni un supplément pour chrétiens d’élite ni un effort moral laissé à la bonne volonté : c’est la vie même du croyant. Les sept livres réunis ici abordent ce thème par des portes différentes. L’un fait le tour de la question, un autre se concentre sur le combat contre le péché, un troisième sur l’humilité, un quatrième sur la vie quotidienne. Voici ce que chacun de ces classiques sur la sainteté et la sanctification peut vous apporter, et pour qui il a été écrit.
La sainteté, de J.C. Ryle
Si l’on ne devait lire qu’un livre sur le sujet, ce serait souvent celui-là. L’évêque anglican J.C. Ryle en annonce le programme dès le sous-titre : la sainteté, « sa nature, ses obstacles, ses difficultés et ses racines ». Les premiers chapitres forment un véritable traité : le péché, la sanctification, la sainteté, le combat, le coût, la croissance, l’assurance. Suivent des chapitres d’un autre genre, plusieurs consacrés à des figures bibliques comme Moïse ou Lot. Ryle écrit pour une génération qu’il juge trop occupée de controverses et pas assez de piété pratique.
La sanctification, à sa place et dans ses proportions, est tout aussi importante que la justification.
Martyn Lloyd-Jones, qui en signe l’avant-propos, y voyait une distillation de la théologie puritaine sous une forme très lisible. La sainteté est un livre long, mais clair et direct : le meilleur point de départ pour qui veut des bases solides.
La Mortification du péché, de John Owen
Tout le livre repose sur un verset, Romains 8.13 : « Si vous mortifiez par l’Esprit les actions du corps, vous vivrez. » Le puritain John Owen en tire une doctrine et une pratique. La mortification est le devoir de tout croyant, même du plus avancé ; elle ne se fait pas par la seule volonté, car l’Esprit en est « le seul auteur » ; et elle passe par la foi en Christ, non par un ascétisme fabriqué. Owen avertit dès la préface contre ces méthodes qui produisent superstition, propre justice et conscience inquiète. Il donne ensuite des règles, décrit les symptômes dangereux d’une convoitise installée et met en garde contre la fausse paix. La Mortification du péché est dense ; on le lit lentement, crayon en main. Il est précieux pour le chrétien aux prises avec un péché qui revient sans cesse.
La sainteté, seul chemin vers le bonheur, de Thomas Brooks
Le titre résume l’argument : on ne sépare pas le bonheur de la sainteté. Thomas Brooks, autre puritain, le dit avec une image tirée de la Genèse : nul ne peut épouser la belle Rachel, le ciel et le bonheur, sans avoir d’abord épousé Léa, la véritable sainteté. Il dédie d’ailleurs son livre à tous ceux qui désirent, si peu que ce soit, être heureux. Bâti sur la parole « Sans sainteté, nul ne verra le Seigneur », l’ouvrage procède par listes très concrètes : seize marques d’une personne sainte, huit moyens pour progresser dans la sainteté, douze consolations pour ceux qui la possèdent vraiment. La sainteté, seul chemin vers le bonheur est le plus volumineux de cette sélection. On ne le lit pas d’un bout à l’autre : on y prend une section, on la médite, on y revient.
L’humilité, la beauté de la sainteté, d’Andrew Murray
Andrew Murray part d’un constat : on parle souvent de l’humilité qui convient aux pécheurs, beaucoup moins de celle qui convient aux créatures. Or c’est cette seconde humilité, la dépendance absolue envers Dieu, qui est selon lui la racine de toutes les autres grâces. En douze chapitres, il la suit chez Jésus, dans son enseignement, chez les disciples, puis dans la vie de tous les jours, face au péché, à la foi et à la mort du moi.
Ce n’est pas le péché qui humilie le plus, mais la grâce.
Le livre se termine par une prière pour l’humilité. Court et pénétrant, L’humilité, la beauté de la sainteté s’adresse à tous, et particulièrement à ceux qui cherchent la sainteté avec ardeur : Murray rappelle lui-même qu’on reproche souvent à ceux qui en font profession de manquer d’humilité.
Un appel sérieux à une vie pieuse et sainte, de William Law
William Law commence par une définition qui déplace tout : « La dévotion signifie une vie donnée, ou consacrée, à Dieu. » La piété ne se limite donc pas aux moments de prière ; elle concerne l’emploi du temps, de l’argent, des talents, le travail comme le loisir. Law pose une question gênante, celle de savoir pourquoi la plupart des chrétiens sont si loin de la sainteté qu’ils professent, puis il donne des portraits, comme celui de Miranda, et propose un rythme de prière à plusieurs heures du jour, du matin jusqu’à l’examen du soir. Des chapitres entiers traitent de l’humilité et de l’intercession. Un appel sérieux à une vie pieuse et sainte convient à celui qui sent un fossé entre son dimanche et sa semaine. Il ne laisse aucun coin de l’existence hors du regard de Dieu.
La puissance expulsive d’une affection nouvelle, de Thomas Chalmers
Un seul sermon, sur 1 Jean 2.15 : « N’aimez point le monde, ni les choses qui sont dans le monde. » Le prédicateur écossais Thomas Chalmers y défend une idée simple et profonde : démontrer la vanité du monde ne suffit jamais à en détacher le cœur. Celui-ci ne supporte pas le vide ; une affection ne cède que devant une affection plus forte. Le seul remède est donc de présenter au cœur un objet plus digne de son amour, Dieu lui-même. La puissance expulsive d’une affection nouvelle se lit en moins d’une heure et change la manière de mener le combat. Il parlera à ceux qui s’épuisent à lutter contre leurs penchants à coups de résolutions.
Les affections religieuses, de Jonathan Edwards
Edwards ouvre son livre sur une question qu’il juge capitale entre toutes : quelle est la nature de la vraie religion, et à quoi reconnaît-on la sainteté qui plaît à Dieu ? Il écrit au milieu des controverses suscitées par un réveil récent, où il voyait se mêler le meilleur et le pire. Son plan suit cette double préoccupation : la nature et l’importance des affections dans la foi, puis douze signes qui ne prouvent rien, ni dans un sens ni dans l’autre, et enfin les signes distinctifs des affections vraiment nées de la grâce. Les affections religieuses est un livre exigeant, à réserver au lecteur prêt à s’examiner sans complaisance. Il rendra service à quiconque se demande comment distinguer une émotion passagère d’une œuvre réelle de Dieu.
Par quel livre sur la sanctification commencer ?
Pour une première lecture, deux livres courts ouvrent bien la voie : Chalmers, qui tient en un sermon, et Murray sur l’humilité. Ryle fournit ensuite le socle : prenez au moins ses sept premiers chapitres. Owen viendra au moment où un péché précis résiste, et Law quand il s’agira de mettre en ordre la vie de tous les jours. Brooks et Edwards demandent plus de temps : gardez-les pour une seconde étape, ou lisez-les par morceaux. Aucun de ces auteurs ne promet de raccourci vers la sainteté, mais tous donnent ce que Lloyd-Jones disait trouver chez Ryle : une vraie faim de justice.
