Comment choisir un commentaire biblique (et s’en servir sans délaisser la Bible)

Devant le rayon « Commentaire » d’une librairie chrétienne, on a vite le vertige. Matthew Henry, Matthew Poole, Godet, Mackintosh, Jamieson… Lequel prendre ? La bonne question n’est pas « quel est le meilleur commentaire biblique ? », mais « de quoi ai-je besoin pour le passage que je lis ? ». Un pasteur qui prépare une prédication sur Romains 5, une lectrice qui veut méditer la Genèse le matin et un groupe de maison qui découvre l’Évangile de Matthieu ne chercheront pas le même livre. Voici comment s’y retrouver.

Commencer par une question simple : qu’est-ce que je cherche ?

Avant d’ouvrir un commentaire, mettez des mots sur votre besoin. En pratique, il se ramène presque toujours à l’un de ces quatre cas :

  • Comprendre un verset précis : un mot difficile, une phrase obscure, une contradiction apparente.
  • Nourrir sa vie spirituelle : on a compris le texte, on veut savoir ce qu’il change pour aujourd’hui.
  • Approfondir un livre entier : son argument, son vocabulaire, ses difficultés.
  • Avoir une vue d’ensemble : savoir de quoi parle un livre, comment il est construit, avant de s’y lancer.

À chacun de ces besoins correspond une famille de commentaires. Les confondre est la cause la plus fréquente de déception : on achète un ouvrage savant pour sa méditation du matin, ou un recueil de méditations pour régler une question d’interprétation, et l’on conclut à tort que « les commentaires, ce n’est pas pour moi ».

Les quatre familles de commentaires

Le commentaire verset par verset

C’est l’outil de consultation par excellence. On ne le lit pas d’un bout à l’autre : on l’ouvre au passage étudié, on y trouve une note sur chaque verset ou presque. Les Annotations sur la Sainte Bible de Matthew Poole en sont un bon exemple, en quatre volumes de la Genèse à l’Apocalypse. Dans le quatrième volume, de Romains à l’Apocalypse, l’épître aux Romains s’ouvre par exemple sur un « Argument » (auteur, sujet, plan), suivi d’un résumé du chapitre, avant le détail des versets. La présentation du livre rappelle d’ailleurs qu’il mourut à Amsterdam après avoir annoté le texte jusqu’au chapitre 58 d’Ésaïe, et que ses amis achevèrent l’ouvrage.

Le Commentaire critique et explicatif de toute la Bible de Jamieson, Fausset et Brown fonctionne de la même manière, avec une concision remarquable : le mot du verset en tête, son explication à la suite. Sur Genèse 1.1, « Au commencement » est expliqué en une ligne, renvoi à Proverbes 8 compris. Quand on veut une réponse rapide à une question précise, c’est souvent là qu’on la trouve le plus vite.

Le commentaire dévotionnel

Ici, le but n’est pas d’abord d’expliquer, mais d’appliquer. Les Commentaires concis de Matthew Henry découpent chaque chapitre en courtes sections, annoncées par un plan (« La création de la lumière (3-5) », « L’homme est créé à l’image de Dieu (26-28) »), et tirent de chaque passage une leçon pour la vie chrétienne. Sur les premiers versets de la Genèse, Henry écrit :

Nous devons garder à l’esprit notre devoir de chrétiens : lever toujours les yeux vers le ciel, et garder la terre sous nos pieds.

Les Notes sur le livre de la Genèse de Charles Henry Mackintosh vont plus loin dans ce sens. Elles suivent le texte chapitre par chapitre, mais sous forme de méditation continue, attentive aux figures de Christ dans l’Ancien Testament. Le soleil et la lune du quatrième jour deviennent une image de Christ et de l’Église qui reflète sa lumière, avec cette invitation : « Étudions Christ davantage dans un esprit de prière. » C’est un livre qui réchauffe, mais on ne l’ouvrira pas pour trancher une question de grammaire hébraïque.

Le commentaire technique

À l’autre bout de l’éventail, le commentaire technique consacre des centaines de pages à un seul livre biblique. Le Commentaire sur l’épître aux Romains de Frédéric Godet en est le modèle en français. Avant même la première ligne de l’épître, il traite de Paul avant et après sa conversion, de la fondation de l’Église de Rome, de la date, de l’occasion et du plan de la lettre, de la conservation du texte et des principaux commentateurs. Puis il avance « morceau » par morceau : l’adresse (1.1-7), le thème (1.16-17), la condamnation de l’humanité païenne (1.18-32), et ainsi de suite.

Ce type d’ouvrage demande du temps et une certaine persévérance. Mais pour qui prêche, enseigne ou veut vraiment comprendre l’argument d’une épître, rien ne le remplace.

La synthèse

Enfin, il y a les ouvrages qui donnent la carte avant le terrain : thème d’un livre, plan, contexte. Beaucoup de commentaires contiennent cette synthèse dans leurs introductions, et il vaut la peine de les lire à part. Le commentaire de Jamieson s’ouvre ainsi sur une introduction au Pentateuque et aux livres historiques qui présente chaque livre en quelques lignes. Les introductions de la Bible Annotée jouent le même rôle : celle de Matthieu se termine par un plan détaillé de l’Évangile, du « Christ enseignant » à la Passion. Dix minutes de lecture qui éclairent des semaines d’étude.

Cinq critères pour faire son choix

  1. L’usage prévu. Consultation ponctuelle, méditation quotidienne ou étude suivie : reprenez la liste ci-dessus.
  2. La couverture. Un commentaire de toute la Bible (Poole, Henry, Jamieson) dépanne partout. Un commentaire sur un seul livre (Godet sur Romains) va beaucoup plus loin, mais seulement là.
  3. La tradition de l’auteur. Poole est un puritain anglais du XVIIe siècle, Henry un pasteur presbytérien non-conformiste, Mackintosh un auteur des assemblées de frères, Godet un exégète protestant suisse. Chacun lit avec ses convictions ; mieux vaut le savoir pour le lire avec discernement.
  4. La langue. Ouvrez quelques pages avant de vous engager. Certains textes anciens se lisent sans peine, d’autres demandent un effort.
  5. Le format. L’epub est pratique pour consulter et rechercher un verset sur liseuse ou téléphone ; le pdf convient mieux à l’étude sur ordinateur ou à l’impression d’un passage pour un groupe.

Bien s’en servir : la Bible d’abord

Le risque d’un bon commentaire, c’est qu’il devienne la lecture principale et la Bible la lecture secondaire. Quelques habitudes simples l’évitent.

  • Lisez le passage avant tout le reste, deux ou trois fois, et notez ce que vous comprenez et ce qui vous arrête.
  • Formulez vos questions par écrit, puis ouvrez le commentaire pour y répondre. Vous lirez de façon active, et non en spectateur.
  • Comparez deux commentaires de familles différentes sur le même passage : par exemple Jamieson pour le sens, Henry pour l’application. Leurs accords rassurent, leurs désaccords obligent à retourner au texte.
  • Vérifiez les renvois. Un commentaire qui cite trois autres passages vous offre trois occasions de lire la Bible elle-même.
  • Revenez au texte pour finir. Relisez le passage une dernière fois : s’il vous parle plus clairement qu’au début, le commentaire a fait son travail.

Par où commencer ?

Si vous n’avez encore aucun commentaire, prenez-en deux qui se complètent : un ouvrage de consultation sur toute la Bible, comme Jamieson ou Poole, et un ouvrage dévotionnel, comme Matthew Henry. Le jour où un livre biblique vous retient, ajoutez un commentaire technique sur ce livre. Et gardez en tête que le meilleur commentaire est celui qui vous renvoie, une fois refermé, à votre Bible ouverte.

Couverture des Commentaires concis de Matthew Henry

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