Il y a des livres qu’on lit d’une traite, et d’autres qu’on garde ouverts à côté de sa Bible pendant des années. La Bible Annotée appartient à la seconde catégorie. Réunie à la fin du XIXe siècle par une équipe de théologiens et de pasteurs, sous la direction de Frédéric Godet, elle accompagne chaque livre de l’Écriture d’une introduction et de notes qui suivent le texte de près. Sur Spibook, elle se présente en treize tomes : neuf pour l’Ancien Testament, quatre pour le Nouveau. Voici ce qu’on y trouve, comment s’en servir sans s’y noyer, et lequel ouvrir selon le livre que vous étudiez.
Qu’est-ce que la Bible Annotée de Neuchâtel ?
Frédéric Godet (1812-1900) est l’un des grands exégètes protestants de langue française. Professeur de théologie à Neuchâtel, il est connu pour ses commentaires sur l’Évangile de Jean, sur Luc ou sur l’épître aux Romains. La Bible Annotée n’est pourtant pas l’œuvre d’un seul homme. Godet l’a dirigée, mais elle est le fruit d’un travail collectif : la page de titre du premier tome du Nouveau Testament mentionne par exemple la participation de Félix Bovet et de Louis Bonnet.
Le principe est simple. Pour chaque livre biblique, on trouve d’abord une introduction : l’auteur, l’époque, les questions d’authenticité, le plan. Puis vient le texte, découpé en sections titrées (« Versets 1 à 17 — Généalogie », « Versets 18 à 25 — Naissance de Jésus »), les versets étant suivis, chaque fois que c’est utile, des notes qui les éclairent. On lit donc l’Écriture et son explication sur la même page, sans jongler entre deux volumes.
À quoi ressemble une note ?
Prenons le tout début du Nouveau Testament, la généalogie de Matthieu 1. Ce passage que beaucoup de lecteurs survolent devient, avec les notes, une vraie leçon de lecture attentive. Au verset 16, les annotateurs relèvent un détail qu’on rate facilement :
Il faut remarquer le soin avec lequel ces derniers mots de la généalogie écartent l’idée que Joseph fut le père de Jésus. Il est bien appelé mari ou époux de Marie ; mais cette répétition constante du mot engendra cesse ici tout à coup et se trouve remplacée par ces termes : de laquelle est né Jésus.
En quelques lignes, la même note explique le sens des noms Jésus (en hébreu Jehoschoua, « Jéhova est Sauveur ») et Christ (« oint »), puis renvoie aux passages de l’Ancien Testament où rois, sacrificateurs et prophètes reçoivent l’onction. Au verset 17, les notes s’attaquent aux trois séries de quatorze générations : elles signalent les rois de Juda absents de la liste, mentionnent que certains manuscrits ajoutent le nom de Jojakim au verset 11, et présentent deux explications, dont celle de Calvin, sans trancher plus que le texte ne le permet. Elles s’arrêtent enfin sur les quatre femmes nommées dans la généalogie, Thamar, Rahab, Ruth et Bath-Scheba, où elles voient « l’économie de la grâce » déjà en germe.
On retrouve là les trois ingrédients de presque toutes les notes : le sens des mots, les renvois à d’autres passages, et l’exposé honnête des difficultés. Les introductions, elles, donnent la vue d’ensemble. Celle de Matthieu se termine par une phrase qui résume tout l’Évangile :
Une seule et même pensée se déroule dans cet Évangile, depuis le récit de la naissance du Christ jusqu’à sa suprême parole […]. Cette pensée, c’est que Jésus est le Roi.
Une méthode en quatre temps
La tentation, avec un ouvrage aussi riche, est de lire les notes avant le texte. C’est le meilleur moyen de ne plus rien voir par soi-même. Voici une façon de faire qui laisse la Bible parler la première.
- Lire l’introduction du livre une fois, au départ. Avant d’étudier Matthieu, Ésaïe ou les Psaumes, prenez une heure pour l’introduction. Notez le plan proposé : il servira de carte pendant des semaines.
- Lire la section sans les notes. Une section à la fois, celle que délimitent les intertitres. Lisez-la deux fois, en notant vos questions : un mot obscur, un lien avec un autre passage, une tension apparente.
- Ouvrir les notes pour répondre à vos questions. Cherchez d’abord ce que vous aviez noté, puis lisez le reste. Vous verrez vite que les annotateurs ont souvent buté sur les mêmes difficultés que vous, et c’est précisément là qu’ils sont le plus utiles.
- Vérifier les renvois. Les notes fourmillent de références. N’en suivez pas toutes, mais ouvrez au moins les deux ou trois qui reviennent le plus. C’est ainsi qu’on apprend à expliquer l’Écriture par l’Écriture.
Un conseil pratique : l’epub se prête bien à la lecture suivie sur liseuse ou téléphone, avec la recherche intégrée pour retrouver un verset. Pour une étude de groupe, où l’on imprime une section et l’annote au crayon, le pdf est plus commode.
Quel tome pour quel livre biblique ?
Les tomes suivent l’ordre des livres bibliques, mais le découpage n’est pas toujours évident à deviner. Voici où chercher.
Ancien Testament
- La Bible Annotée – Tome 1 – Genèse et Exode
- Tome 2 – Lévitique à Deutéronome : Lévitique, Nombres, Deutéronome
- Tome 3 – Josué à 2 Samuel : Josué, Juges, Ruth, 1 et 2 Samuel
- Tome 4 – 1 Rois à Esther : Rois, Chroniques, Esdras, Néhémie, Esther
- Tome 5 – Job, Proverbes, Ecclésiaste et Cantique
- Tome 6 – Les Psaumes, qui ont un volume à eux seuls
- Tome 7 – Ésaïe à Lamentations : Ésaïe, Jérémie, Lamentations
- Tome 8 – Ézéchiel et Daniel
- Tome 9 – Osée à Malachie : les douze petits prophètes
Nouveau Testament
- Bible Annotée – Nouveau Testament – Tome 1 – Matthieu à Luc : les trois premiers Évangiles
- Nouveau Testament – Tome 2 – Jean à Actes
- Nouveau Testament – Tome 3 – Épîtres de Paul, de Romains à Philémon
- Nouveau Testament – Tome 4 – Hébreux à Apocalypse : Hébreux, Jacques, Pierre, Jean, Jude et l’Apocalypse
Si vous ne savez pas par où commencer, le premier tome du Nouveau Testament est une bonne porte d’entrée : les Évangiles sont familiers, et l’on y prend vite le pli de la méthode. Ceux qui préfèrent travailler sur papier trouveront aussi ce tome en pdf.
Ce qu’il faut savoir avant de s’y mettre
La Bible Annotée a été écrite pour des lecteurs du XIXe siècle. Le français est soutenu, parfois un peu solennel, et certaines notes répondent aux débats critiques de l’époque, qu’on reconnaît aux noms de savants allemands cités au passage. Ces discussions peuvent sembler lointaines ; on peut les survoler sans perdre le fil. Les notes ne sont pas non plus des méditations : elles expliquent, elles n’exhortent guère. Pour la prière et l’application personnelle, il faudra souvent faire le chemin soi-même, ou s’aider d’un commentaire plus dévotionnel.
En revanche, sa sobriété est une force. Les annotateurs signalent quand une question reste ouverte, présentent plusieurs interprétations quand le texte les permet, et évitent de faire dire au verset plus qu’il ne dit. C’est une bonne école pour qui veut apprendre à lire la Bible de près.
Aller plus loin avec Godet
Quand une épître ou un Évangile vous retient longtemps, les grands commentaires de Godet prennent le relais. Son Commentaire sur l’épître aux Romains suit l’épître morceau par morceau, avec une longue introduction sur Paul, l’Église de Rome, la date et le plan de la lettre. Son Commentaire sur l’Évangile de Saint Jean fait le même travail pour le quatrième Évangile. Ils demandent plus de temps que les notes de la Bible Annotée, mais on y retrouve la même manière : le texte d’abord, l’explication ensuite.
Le plus simple reste de choisir un livre biblique que vous aimez, d’ouvrir le tome qui lui correspond, et de commencer par l’introduction. Une section par jour suffit. Au bout de quelques semaines, vous lirez ce livre autrement, et c’est bien le but : que les notes vous ramènent au texte, pas qu’elles le remplacent.
